Discours de Jacques Haiech lors du Conseil d’Administration du 18 décembre

Mesdames  et Messieurs les élus du Conseil d’administration,

Soyez assurés que je préférerais accorder tout mon temps de parole à mes engagements et propositions pour l’Université de Strasbourg. En tant que candidat à la présidence, je me dois néanmoins de décrire brièvement mon expérience professionnelle et de mettre modestement en avant quelques atouts qui justifient que je me présente aujourd’hui à vos suffrages.

Mon parcours professionnel m’a non seulement offert une vision globale du système de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en France, mais aussi une connaissance approfondie des universités européennes et anglo-saxonnes. Ce double regard me permet d’avoir une vision éclairée sur les enjeux de la recherche au niveau international. Par ailleurs mon poste de Professeur associé à l’université de Vanderbilt de 1987 à 1991 et ensuite, à l’Université de Northwestern à Chicago, m’a permis de bien comprendre les subtilités des systèmes de recherche et d’enseignement supérieur aux Etats-Unis.

Ma double expérience au ministère, dès 1982 en tant que chargé de mission puis  comme directeur du programme génomique et directeur du département sciences de la vie et santé de 1999 à 2003, s’est enrichie avec ma fonction  d’expert à la direction de la recherche à la Commission européenne  comme attaché au programme CUBE en 1985 pour la bioinformatique et la biotechnologie.

Enfin, membre du comité d’orientation stratégique de FUTURIS (qui a été un exercice d’analyse prospective du Système National de la Recherche et de l’Innovation français en France) de 2003 à 2005, puis délégué scientifique à l’AERES depuis 2010, j’ai dorénavant une vision globale de ce système national de recherche et d’innovation.

« Européenne par nature, internationale par vocation », la pertinence de ces mots qui synthétisent si bien l’Université de Strasbourg me donne envie d’employer la même brièveté pour me définir en tant qu’Enseignant-Chercheur.

Je suis « Chercheur par nature et Professeur par vocation ». Après des études à l’Ecole Normale Supérieure de Cachan et l’obtention d’une agrégation en mathématiques, puis une thèse en biochimie à Montpellier, j’ai été recruté au CNRS en 1979 et promu directeur de recherche en 1987. Devenu professeur à l’université de Marseille Luminy en 1991, j’avais créé un des premiers DEA multidisciplinaires alliant la bioinformatique à la pharmacologie, associant les universités de Montpellier et de Marseille.

Les retours de cette expérience m’ont engagé à contribuer, encore et toujours, à la mise en place de formations innovantes afin que les étudiants travaillent en équipe et qu’ils soient mis en situation professionnelle, pour favoriser ainsi leur insertion dans le monde du travail. Parallèlement, je développe de nouvelles formations prônant la transversalité entre masters, sans pour autant multiplier l’offre existante.

Si cette expérience professionnelle diversifiée me donne quelques qualités pour présider notre université, je dois aussi, et cela est important, ma candidature à une démarche originale. Ma candidature à la présidence de l’université de Strasbourg est en effet l’aboutissement réfléchi d’une démarche collective qui entend définir un fonctionnement plus démocratique de notre université, au service de tous ses acteurs.

Lorsque la campagne électorale a débuté, Nous avons construit une liste d’ouverture soutenue par l’intersyndicale AGIR ENSEMBLE et le SGEN-CFDT. Les candidats de cette liste ont désiré défendre une politique déclinée dans une plateforme construite collectivement et collégialement. Et je précise bien que le mot « politique » dans notre esprit a la signification noble de gestion démocratique de l’université. Plus précisément, la nécessité de cette liste s’est construite sur une conviction : la bonne gestion de l’université nécessite une cohérence dans les actions des élus dans ses trois conseils centraux. C’est pourquoi l’élaboration d’une plateforme a été une étape indispensable.

Les quatre chantiers de cette plateforme sont axés sur l’amélioration des conditions de vie de tous les personnels, une nouvelle organisation démocratique de l’université, le redressement des finances, la réussite des étudiants, notamment en retissant les liens entre formation et recherche. Un cinquième chantier concerne la vie étudiante. Ce dernier chantier est pour moi l’un des plus importants et j’y ai travaillé depuis de nombreuses années. Cette plateforme a été largement consultée et lue. De nombreux personnels ont participé à son élaboration. Cela a conforté mon idée que notre communauté a un souhait fort de participer aux débats sur le devenir de notre université. Il y a une véritable aspiration à plus de démocratie, à un autre mode de fonctionnement de notre université. On l’a vu aussi et de manière forte lors des assises territoriales.

Les listes RDC s’étaient engagées à prendre toutes leurs responsabilités. C’est chose faite aujourd’hui et je tiens à dire à tous les élus qui m’ont fait confiance en me désignant candidat, à la fois ma gratitude et mon souci de ne pas les décevoir. Je tiens encore à préciser que j’ai pleinement conscience que ma responsabilité, si vous m’accordez à votre tour votre confiance, sera toute autre que celles des organisations syndicales qui ont vocation à composer le premier rempart de défense des personnels. L’indépendance des associations comme des organisations syndicales est essentielle à la vie démocratique et je m’engage à la respecter et à la favoriser dans la mesure de mes moyens. La démocratie se construit sur des pouvoirs et des contre-pouvoirs qui doivent être également considérés.

Lors des élections dans les conseils centraux les électeurs ont manifesté un espoir, mais aussi un désir fort de changement. Je souhaite incarner cet espoir et ainsi travailler au rassemblement de notre communauté qui a souffert de trop de divisions.  La gravité de la situation dans laquelle se trouve notre université exige ce rassemblement. Mais elle impose aussi une remise en question des orientations prises et un changement de cap dans sa gouvernance. C’est aujourd’hui nécessaire si nous voulons conserver notre rang dans la recherche et développer l’excellence de nos formations. C’est nécessaire pour une université où étudiants, enseignants, chercheurs et l’ensemble des personnels retrouveront un  bien-être dans leurs missions respectives.

A cette fin, je me fixe 8 grands objectifs.

Je vais exposer les 7 premiers de façon synthétique. J’exposerai ensuite le huitième plus en détail. Il me tient particulièrement à cœur parce qu’il est plus qu’un objectif. Il s’agit d’une ambition structurante : faire de l’université de Strasbourg une grande université européenne et internationale porteuse d’un projet guidé par des valeurs humanistes volontairement hors des critères des classements mondiaux actuels, mais, espérons-le, pas des classements de demain.

1er grand objectif : Il nous faudra tout d’abord réaliser un diagnostic de l’existant, comprendre et travailler les données actuelles pour les lire avec objectivité et sans complaisance. Cette analyse doit permettre la mise en adéquation des moyens avec les objectifs que l’on se fixe. C’est ce travail que j’ai réalisé au ministère de la recherche en participant à la construction du Schéma Objectif Scientifique et Technique, tableau de bord en quatre cadrans permettant de décrire

a) ce que l’on fait,
b) les moyens utilisés
c) ce que l’on veut faire
d) et les moyens nécessaires pour y arriver.

Ceci passe par un état des lieux de nos moyens, donc de l’état réel de nos finances. Un audit est aujourd’hui une urgence.

2ème grand objectif : Il faudra développer des outils d’analyse prospective en matière budgétaire pour simuler les effets de nos décisions à court et moyen termes. C’est ce que j’ai aussi pu réaliser en étant membre du comité d’orientation stratégique de l’opération Futuris entre 2003 et 2005. L’opération Futuris a été mise en place par le gouvernement de l’époque et a été géré par l’Association Nationale de la Recherche Technologique. L’objectif a été de cartographier les devenirs possibles du Système de Recherche et d’Innovation Nationale en tenant compte des contraintes tant nationales qu’internationales. Ce travail a permis de mettre en place des outils de simulation budgétaire en fonction de différents scénarii politiques et d’introduire une culture de la prospective en France.

Cette culture n’est pas assez développée en région Alsace et encore moins dans notre université. Je construirai donc des outils de prospective pour présenter un budget pluriannuel par missions, couplé à des objectifs politiques et non pas un simple budget comptable annuel. C’est une condition nécessaire au redressement de nos finances. La navigation à courte vue ne peut être un mode de gestion. A l’inverse, pour une gestion rigoureuse et prévoyante, nous devons être capables de nous projeter au moins dans les cinq années qui viennent.

3ème grand objectif : Il faut développer un nouveau mode de gouvernance où les composantes gagnent en autonomie et où les secteurs disciplinaires sont traités avec la même considération ; seule une vision partagée peut permettre cette cohérence au sein de notre université pour le développement de l’interdisciplinarité et pour la réalisation d’une université de Strasbourg largement pluri-disciplinaire où les Humanités et les sciences juridiques doivent trouver autant de place et de valeur que les secteurs de la santé et des sciences et techniques.

Cette vision partagée passe par des outils de construction des budgets, des formations et des politiques de recherche. Le monologue de gestion (pardon… le dialogue) sera remplacé par des conférences budgétaires.  Les composantes sont de véritables laboratoires d’idées qui fédèreront des sensibilités afin d’élaborer ensemble un projet collectif ; Les équipes de recherche sont le lieu naturel d’élaboration de la stratégie de recherche de demain ; les équipes pédagogiques sont le lieu naturel d’élaboration de l’offre de formation ; le rôle de la présidence sera de faciliter la transversalité et la vision globale de ces offres.

Ainsi, l’émergence de nouvelles propositions, basées sur l’expérience de professionnels impliqués permettra  de retisser des liens distendus depuis trop longtemps.

4ème grand objectif : mettre en cohérence et dynamiser notre offre de formation. Pour cela je favoriserai une approche globale de l’offre de formation, lié étroitement à notre potentiel de recherche. Il conviendra de réaliser une cartographie des métiers sur les bassins d’emplois, tant au niveau local que régional, pour faire le lien entre notre offre de formation et les métiers par le biais d’un référentiel des compétences. Ce type d’approche que j’ai prôné au niveau national dans le domaine des industries de santé a permis de créer avec l’ONISEP l’Institut des métiers et des formations dans les industries de santé. Le site Web IMFIS est la concrétisation de ce travail. Cet outil améliore pour les étudiants mais aussi pour les formateurs la lisibilité de l’offre de formation et sa mise en relation avec l’offre métier. Cette optimisation de l’offre de formation permet par ailleurs de  générer de nouvelles ressources (taxes d’apprentissage, continuum entre formation initiale et formation continue, optimisation des ressources pédagogiques, création de ressources pédagogiques innovantes).

5ème grand objectif : développer une recherche innovante, assise en premier lieu sur des moyens récurrents, et beaucoup moins sur les appels à projets. Je considère que l’empilement des structures de la politique d’excellence nuit à la lisibilité et au bon fonctionnement de nos laboratoires et équipes d’accueil. S’il n’est pas question de renoncer aux projets et aux moyens de la politique d’excellence, son pilotage doit être rendue à nos instances, en particulier au conseil scientifique. Le devenir de nos grands instituts de recherche, je pense à l’IGBMC en particulier, se doit d’être abordé de manière différente qu’actuellement. En 2002, j’avais réussi à faire admettre au gouvernement que l’IGBMC devait devenir un institut national au même titre que la partie recherche de l’institut Curie. Ce projet était en train d’être finalisé lorsqu’il fut arrêté en 2003. Je pense qu’il faut réinvestir cette possibilité. Au-delà d’une politique rénovée de la mixité avec les organismes, comme cela a été discuté pendant les assises territoriales, il faut envisager la création d’instituts nationaux localisés en Alsace. Ces instituts garderont des liens forts avec l’université dans un nouveau type de partenariats renforcés.

6ème grand objectif : améliorer les conditions de travail de toutes les catégories de personnels. Je souhaite un espace de concertation sociale renouvelé dans lequel toutes les organisations syndicales et associations puissent tenir leur rôle et être entendues : l’objectif est d’apaiser les tensions palpables dans notre université selon les catégories socio-professionnelles bien plus que de les opposer les unes aux autres. C’est une modification importante dans la gestion des personnels pour pouvoir mettre en œuvre une réelle politique d’accompagnement des réformes et faciliter la conduite du changement. On ne peut pas considérer les personnels comme des ressources que l’on peut bouger au gré des projets dont les tenants et les aboutissants n’ont pas été discutés. Les personnels sont pour moi avant tout des individus particuliers dont il faut savoir entendre les difficultés et les aspirations. Le bien-être au travail et le développement personnel seront les priorités de ma politique sociale.

7ème grand objectif : mettre la réussite des étudiants et la vie étudiante au cœur de notre projet d’établissement et créer un campus citoyen et international. La réussite de nos étudiants est une priorité, assortie de leur réussite personnelle qui repose sur leur insertion professionnelle. Cette mission d’insertion professionnelle nécessite le développement de liens avec tous les acteurs socio-économiques qu’il faut rendre sensibles à leur rôle citoyen. C’est à cet objectif que j’ai contribué depuis 2003 en travaillant dans le domaine de la santé dans le cadre du LEEM-recherche et actuellement avec l’Alliance Recherche et Innovation des Industries de Santé, l’ARIIS. Lutter contre l’échec en licence par le seul tutorat et des moyens pédagogiques n’est plus suffisant. Il nous faut comprendre les causes de l’échec pour y remédier. C’est pourquoi je souhaite mettre en place un Observatoire permanent de la vie étudiante. Développer une concertation avec toutes les organisations et associations étudiantes pour un projet de campus citoyen sera pour moi une mission de longue haleine, mais aussi une urgence concrète, de la plus haute importance : elle devra prendre corps dès les premiers mois de ma mandature. Les détails en ont été développés dans un texte qui vous est connu, le cinquième chantier de la plateforme.

A titre d’exemple, j’en ai extrait, en accord avec les listes RDC, quatre mesures prioritaires :

  1. Faire de la création de la Maison de l’étudiant, maison qui ne soit pas simplement un centre administratif, une priorité du Plan Campus.
  2. Renforcer la participation des étudiants à la vie institutionnelle de l’université par la création, à côté du VP étudiant, de deux fonctions de VP délégués étudiants (en charge du campus citoyen et en charge de l’observatoire permanent de la vie étudiante).
  3. Instaurer un système de démocratie directe par un droit de pétition ouvert à 30% des étudiants inscrits dans une composante pour une thématique spécifique à la composante, ou à 1% de l’ensemble des étudiants inscrits à l’université (environ 420 pétitionnaires).
  4. Evaluer et adapter les conditions du contrôle continu intégral avec prise en compte des spécificités disciplinaires, des étudiants salariés et des rythmes d’étude.

Je souhaiterais maintenant vous faire partager ce qui est un peu plus qu’un objectif. Il s’agit d’une ambition qui devra mobiliser l’énergie de nos personnels. Ce 8ème objectif concerne l’identité propre de notre université : Faire de l’université de Strasbourg une grande université européenne et internationale

La position géographique de l’Université de Strasbourg (ensemble rhénan, ouverture vers l’Est), la présence des institutions européennes et des représentations diplomatiques auprès de ces institutions, lui confèrent un atout considérable qui n’a pas été suffisamment pris en compte. De plus, l’Université de Strasbourg est très impliquée dans la « maison universitaire France-Japon », dans l’« Université franco-allemande » (UFA/DFH), et dans la Confédérations des Universités du Rhin supérieur (EUCOR). Elle est membre de l’Utrecht Network (réseau d’universités européennes d’universités américaines et japonaises) et de la «Ligue of European Research Universities» (LERU) et dans le tout récent Réseau Métropolitain Trinational (RMT, volant enseignement-recherche). Enfin, il existe de nombreux accords bilatéraux en enseignement ou en recherche illustrant le dynamisme de nos composantes.

La politique des relations internationales de notre actuelle université a été de structurer les actions internationales déjà entreprises et d’inciter à une approche transversale des précédentes Universités. C’est bien, mais, si je puis dire, ce fut modeste ces quatre dernières années comme l’a souligné le rapport de l’AERES en pointant les faiblesses de notre université en matière de relations internationales. Il faut aller plus loin. Une politique de relations internationale pour les prochaines années devrait selon moi être conduite autour de quatre axes majeurs :

1-    Consolider et concrétiser, pour favoriser la mobilité internationale des étudiants, les relations en Europe, bien sûr avec l’Allemagne et la Suisse (université franco-allemande et EUCOR qu’il faudra renforcer par des accords précis) mais aussi avec les pays de l’Europe orientale.

2-    Développer la mobilité internationale des étudiants avec quelques grandes universités choisies dans le monde, à travers des conventions d’échanges, soit parce que nous avons déjà des actions importantes avec elles (notamment au Japon), soir pour développer des nouvelles relations avec des pays comme la Chine, le Brésil, la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud , soit encore en mettant en place des échanges financés avec les universités canadiennes et américaines. Certains de ces projets peuvent être soutenus par la région (Canada, Chine) et par le Ministère des Affaires Etrangères avec lequel nous devons entretenir des relations plus nourries qu’actuellement.

3-    Développer l’accueil des étudiants étrangers en leur assurant un soutien linguistique d’une toute autre ampleur que ce que notre université leur propose actuellement, en les informant de leurs droits et de leurs devoirs, en facilitant leur accès au logement et leur recherche d’emploi, en réalisant un suivi régulier des étudiants en difficulté ou en échec. Il faudra renforcer la cellule de veille et d’alerte pour les étudiants ayant des problèmes de carte de séjour et instituer un corps d’ « étudiants compagnons » qui assistent les étudiants étrangers qui arrivent.

4-    Développer, au sein de l’Université, le fonctionnement des services pour aider concrètement au développement de projets en direction de l’international : il faut accompagner les porteurs de projet afin qu’ils répondent aux appels d’offres européens et internationaux, notamment pour l’internationalisation des diplômes, par exemple les projets Erasmus Mundus, ou encore pour la recherche, quoique dans ce domaine nous soyons plutôt performants.

Ces 4 axes ne sont pas exhaustifs. Ils définissent cependant une vision politique pour une université qui renoue plus fortement avec sa vocation européenne et internationale. Nous avons le plus fort taux d’étudiants étrangers dans les universités françaises (plus de 20%) et nous ne tirons pas assez parti de cet atout qui doit être développé. Ces étudiants sont nos meilleurs ambassadeurs.

Mais ce développement européen et international ne doit pas nous faire oublier la spécificité de notre ancrage territorial

Je souhaite finaliser au plus vite la convention de rattachement entre les deux universités alsaciennes qui a commencé à être négociée par le président sortant. Non de l’inter-universitaire où une université serait la vassale de l’autre, mais un rattachement solide, substantiel et partagé. Un rattachement qui respecte les spécificités et les atouts respectifs de chacune de nos deux universités.

ll faudra ensuite évaluer précisément les améliorations de la qualité des formations et de la recherche qu’apporterait la création d’une Université d’Alsace. Aussi,  je pense qu’après l’étape du rattachement, il faudra prendre le temps d’une nouvelle réflexion commune avec notre partenaire et l’ensemble des acteurs locaux et régionaux pour définir les modalités de cette création.

En fait, il conviendrait certainement de reconsidérer la stratégie de développement de notre université à partir d’un axe qui a été le maillon faible de la politique de ces quatre dernières années. Il s’agit de l’axe du Rhin supérieur. EUCOR est devenu au fil du temps une sorte de coquille vide, malgré quelques développements des échanges étudiants et quelques coopérations de recherche. Pourtant, si nous considérons l’histoire, la géographie, les liens économiques et industriels forts, les échanges culturels aussi, nous savons tous que l’axe rhénan constitue un potentiel de collaboration et d’association majeur pour le développement de notre recherche et de nos formations.

C’est pourquoi, si vous m’accordez votre confiance, je m’engagerai, non seulement à renforcer EUCOR, mais à lancer dans les quatre années qui viennent une réflexion stratégique avec nos partenaires suisses et allemands sur la création d’une Université Confédérale du Rhin Supérieur. Il ne s’agit pas d’un 9ème objectif, mais d’un projet de réflexion stratégique à long terme qui vise à donner corps à une  » logique de réseau et de coopération  » dont je suis convaincu qu’elle constitue un modèle de développement pertinent pour les universités françaises et européennes, en opposition avec le dogme des universités mastodontes.

C’est toujours cette même logique horizontale de fonctionnement en réseau que je souhaite faire vivre au sein de notre université. Chaque équipe, chaque composante conserve son intégrité, mais se développe harmonieusement dans des relations vivantes et nourries avec les autres équipes et composantes. Ce mode d’organisation permet avec toute la souplesse et la légèreté nécessaires, de mettre beaucoup en commun, en respectant les spécificités des différentes disciplines.

Ce modèle est enfin celui que nous impose une révolution culturelle majeure que nous devons savoir maîtriser : les nouveaux outils numériques de recherche, d’enseignement et de partage du savoir. La révolution numérique est aujourd’hui un véritable défi pour notre communauté universitaire : Elle doit être accompagnée progressivement afin de ne pas aboutir à une rupture générationnelle entre une jeunesse rompue au monde virtuel et aux réseaux sociaux et une communauté enseignante attachée à l’enseignement en présentiel.

Rassembler, créer toujours plus de liens, inventer de nouvelles relations, voilà la tâche noble et difficile à laquelle je souhaite me consacrer. Le lien qui a été au cœur de nos Assises territoriales, est un concept fertile. Il a un sens éthique, politique et social. Il est ce qui soude une équipe de recherche. Il est ce qui unit les personnels entre eux, quelle que soit leur catégorie. Il est ce qui unit l’enseignant à l’étudiant dans la relation pédagogique. Il est ce qui doit être sans cesse réinventé entre un président et tous les membres d’une communauté universitaire. Il est enfin ce qui permet de faire de la somme d’individus un gisement d’intelligence collective.

Mesdames et Messieurs les élus au Conseil d’Administration, l’université de Strasbourg est une des plus importantes universités françaises, et comme elle le revendique, elle est unique. Ce que je souhaite conduire avec vous, parmi vous, c’est cette politique du lien qui apporte sa contribution à une société responsable et plus juste, qui porte un projet humaniste, des valeurs de tolérance et de solidarité. Je souhaite ardemment que l’ensemble des étudiants et des personnels puissent rester fiers des actions que mène notre grande et belle institution. C’est aussi cela l’enjeu de cette élection.

Je vous remercie pour votre attention.

Jacques Haiech

 

 

 

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